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Mais le cafetier fort indiuerent —Ce n'est rien, leur dit-il, c'est le baron Nichol, qui est si riche. Il est devenu fou, il se croit ruiné et se lamente nuit et jour. Sur cette dernière conjoncture, ils renoncèrent à chercher plus longtemps chez les plus riches du royaume la chemise salutaire. Comme ils étaient mécontents de leur journée et craignaient d'être mal reçus au château, ils s'en prirent l'un à l'autre de leur mécompte.

Quelle idée aussi aviez-vous, Quatrefeuilles, d'aller chez ces gens-là, pour faire autre chose que des observations tératologiques? Ce sont des monstres. Il y a richesse et richesse, Saint-Sylvain. Quand la noblesse est pauvre et la roture riche, c'est la subversion de l'État et la fin de tout. Quatrcfeuilles, je suis fâché de vous le dire vous n'avez aucune idée de la constitution des États modernes. Vous ne comprenez pas l'époque où vous vivez.

Mais cela ne fait rien. Si maintenant nous tâtions de la médiocrité dorée? Nous y pourrons observer toute espèce de gens, et, si vous m'en croyez, nous visiterons d'abord les bourgeoises de condition modeste. Ils se présentèrent d'abord chez madame Souppe, femme d'un fabricant de pâtes alimentaires, qui avait une usine dans le Nord.

Ils y trouvèrent monsieur et madame Souppe malheureux de n'être pas reçus chez madame Ksterlin, la femme du maître de forges, député au parlement. Ils allèrent chez madame Esterlin et l'y trouvèrent désolée ainsi que M.

Esterlin de n'être pas reçue chez madame du Colombier, femme du pair du royaume, ancien ministre de la justice. Ils allèrent chez madame du Colombier et y trouvèrent le pair et la pairesse enragés de n'être pas dans l'Intimité de la Heine. Les visiteurs qu'ils rencontrèrent dans ces diverses maisons n'étaient pas moins malheureux, désolés, enragés. Ceux qui possédaient, craignant de perdre, étaient plus infortunés que ceux qui ne possédaient pas. Les obscurs voulaient paraître, les illustres paraître davantage.

Le travail accablait la plupart; et ceux qui n'avaient rien à faire souffraient d'un ennui plus cruel que le travail. Plusieurs pâtissaient du mal d'autrui; souffraient des souffrances d'une femme, d'un enfant aimés. Beaucoup dépérissaient d'une maladie qu'ils n'avalent pas mais qu'ils croyaient avoir ou dont ils craignaient les atteintes.

Une épidémie de choléra venait de sévir dans la capitale et l'on citait un financier qui, de peur d'être atteint par la contagion et, ne connaissant pas de retraite assez sûre, se suicida. Le pis, disait Quatrefeuilles, c'est que tous ces gens-là, non contents des maux réels qui pleuvent sur eux. Il n'y a pas de maux imaginaires, répondait SaintSylvain. Tous les maux sont réels dès qu'on les éprouve. Cette fois encore, Saint-Sylvain observa que bien souvent les hommes s'affligent pour des raisons opposées et contraires.

Il causa successivement, dans le salon de madame du Colombier, avec deux hommes d'une haute intelligence, éclairés, cultivés, qui, par les tours et détours qu'à leur insu ils imprimaient à leur pensée, lui décelaient le mal moral dont ils étaient profondément atteints. C'est de l'état public que tous deux tiraient la cause de leur souci; mais ils la tiraient à rebours. Brome vivait dans la peur perpétuelle d'un changement. Dans la stabilité présente, au milieu de la prospérité et de la paix dont jouissait le pays, il craignait des troubles et redoutait un bouleversement total.

Ses mains n'ouvraientqu'en tremblant les journaux il s'attendait tous les matins à y trouver l'annonce de tumultes et d'émeutes. Sous cette impression, il transformait les faits les plus insignifiants et les plus vulgaires incidents en préludes de révolutions, en prodromes de cataclysmes. Se croyant toujours à la veille d'une catastrophe universelle, il vivait dans un perpétuel effroi.

Un mal tout contraire, plus étrange et plus rare, ravageait M. Le calme l'ennuyait, l'ordre public l'impatientait, la paix lui était odieuse, la sublime monotonie des lois humaines et divines l'assommait. Il appelait en secret des changements et, feignant de les craindre, soupirait après les catastrophes.

Cet homme bon, doux, affable, humain, ne concevait d'autres amusements que' la subversion violente de son pays, du globe, de l'univers, épiant jusque dans les astres les collisions et les conflagrations. Déçu, abattu, triste, morose, quand le style des papiers publics et l'aspect des rues lui révélaient l'inaltérable quiétude de la nation, il en souffrait d'autant plus qu'ayant la connaissance des hommes et l'expérience des affaires, il savait combien l'esprit de conservation, de tradition,.

Saint-Sylvain observa chez madame du Colombier une autre contrariété plus vaste et de plus de conséquence. Dans un coin du petit salon, M. Larive-du-Mont, administrateur du jardin des Plantes.

Je le conficrai à vous, mon ami, disait M. J'y pense sans cesse. La mort m'épouvante, non par ellemème, car ellen'estrien, mais pour ce quila suit, la vie future. J'y crois; j'ar la foi, la certitude de mon immortalité. Raison, instinct, science, révélation, tout me démontre l'existence d'une âme Impérissable, tout me prouve la nature, l'origine et! Je suis chrétien; je crois aux peines éternelles: La peur de la damnation me damne, l'épouvante de l'enfer m'y précipite et, vivant encore, j'éprouve par avance les tourments éternels.

Il n'y a pas de supplice comparable a celui que j'endure et qui se fait plus cruellement sentir d'année en année, de jour en jour, d'heure en heure, puisque chaque jour, chaque minute me rapproche de ce qui me terrifie.

Ma vie est une agonie pleine d'affres et d'épouvantements. En prononçant ces paroles, le magistrat battait l'air de ses mains comme pour écarter les flammes Inextinguibles dont i se sentait environné. Je vous envie, mon bien citer ami, soupira M. Vous êtes heureux en comparaison de moi c'est aussi l'idée de la mort qui me déchire mais que cette idée diiTerc de la vôtre et combien elle la dépasse en horreur! Ce qui suit la vie, il n'y a pas de mot pour l'exprimer, car le terme de néant que nous y employons n'est qu'un signe d dénégation devant la nature entière le néant, c'est un rien infini et ce rien nous enveloppe.

Nous en venons, nous y allons nous sommes entre deux néants comme une coquille sur la mer. Le néant, c'est l'impossible et le certain cela ne se conçoit pas et cela est. Le malheur des hommes, voyezvous, leur malheur et leur crime est d'avoir découvert ces choses. Les autres animaux ne les savent pas; nous devions les ignorer à jamais.

Être et cesser d'être! Ce qui ne sera pas me gâte et me corrompt ce qui est. Je suis plus à plaindre que vous, répliqua M. Chaque fois que vous prononcez ce mot, ce perfide et délicieux mot de néant, sa douceur caresse mon âme et me flatte, comme l'oreiller le malade, d'une promesse de sommeil et de repos.

Mes souffrances sont plus intolérables que les vôtres, puisque le vulgaire supporte l'idée d'un enfer éternel et qu'il faut une force d'âme peu commune pour être athée. Une éducation religieuse, une pensée mystique vous ont donné la peur et la haine de la vie humaine. Vous n'êtes pas seulement chrétien et catholique; vous êtes janséniste et vous portez au flanc l'abîme que côtoyait Pascal.

Moi, j'aime la vie, la vie de cette terre, la vie telle qu'elle est, la chienne de vie. Je l'aime brutale, vile et grossière, je l'aime sordide, malpropre, gâtée, je l'aime stupide, imbécile et cruelle; je l'aime dans son obscénité, dans son ignominie, dans son infamie, avec ses souillures, ses laideurs et ses puanteurs, ses corruptions et ses infections. Sentant qu'elle m'échappe et me fuit, je tremble comme un lâche et deviens fou de désespoir.

Il me semble, dans ce grouillement de vie, être plus loin de la mort. La pour que je te donne, seule je t'en guérirai; la fatigue dont mes menaces t'accablent, seule je t'en reposerai. Si nous ne guérissons pas en cette vie les maladies qui ruinent nos âmes, la mort ne nous apportera pas le repos. Il n'y a rien. Et vous, vous ne serez jamais détrompe.

De quel prix se paye la pensée! Vous êtes malheureux, mon ami, parce que votre pensée est plus vaste et plus forte que celle des animaux et de la plupart des hommes.

Et je suis plus malheureux que vous parce que j'ai plus de génie. Quatrefeuilles, qui avait attrapé des bribes de ce dialogue, n'en fut pas très frappé. Ce sont là des peines d'esprit. Je m'alarme davantage des peines plus vulgaires, souffrances et difformités du corps, mal d'amour et défaut d'argent, qui rendent notre recherche si difficile. En outre, lui fit observer Saint-Sylvain, ces deux messieurs forcent trop violemment leur doctrine à les rendre misérables.

Si La Galissonnière consultait un bon père jésuite, il serait bientôt rassuré, et Larive-du-Mont devrait savoir qu'on peut être athée avec sérénité comme Lucrèce, avec délices comme André Chénicr. Assis au frais, parmi la foule brillante des dîneurs, ils promenaient leurs regards sur les grands chapeaux chargés de plumes et de fleurs, pavillons errants des plaisirs, abris agités des amours, colombiers vers lesquels volaient les désirs.

Je crois dit Quatrefeuilles que ce que nous cherchons se trouve ici. Il m'est arrivé tout comme à un autre d'être aimé c'est le bonheur, Saint-Sylvain; et aujourd'hui encore je me demande si ce n'est pas l'unique bonheur des hommes; et, bien que je porte le poids d'une vessie plus chargée de pierres qu'un tombereau au sortir de la carrière, il y a des jours où je suis amoureux comme à vingt ans.

Moi, répondit Saint-Sylvain, je suis misogyne. Je ne pardonne pas aux femmes d'être du même sexe que madame de Saint-Sylvain. Elles sont toutes, je le sais, moins sottes, moins méchantes et moins laides, mais c'est trop qu'elles aient quelque chose en commun avec elle. Je vous dis que ce que nous cherchons est ici et que nous n'avons que la main à étendre pour l'atteindre. Et, montrant un fortbel homme assis seul à une petite table Vous connaissez Jacques de Navicelle.

Il plaît aux femmes, il plaît à toutes les femmes. C'est le bonheur, ou je ne m'y connais pas. Saint-Sylvain fut d'avis de s'en assurer. Ils invitèrent Jacques de Navicelle à faire table commune et, tout en dînant, causèrent familièrement avec lui. Vingt fois, par de longs circuits ou de brusques détours, de front, obliquement, par insinuation ou en toute franchise, ils s'informèrent de son bonheur sans pouvoir rien apprendre de ce compagnon dont la parole élé-.

Jacques de Navicelle causait volontiers, se montrait ouvert et naturel, Il faisait même des confidences mais elles enveloppaient son secret et le rendaient plus Impénétrable. Sans doute, il était aimé en était-il heureux ou malheureux?

Quand on apporta les fruits, les deux inquisiteurs du roi renonçaient à le savoir. De guerre lasse, ils parleront pour ne rien dire, et parlèrent d'eux-mêmes, Saint-Sylvain de sa femme et Quatrefeuilles de sa pierre fondamentale, endroit par lequel il ressemblait à Montaigne. Jacques de Navicellc conta un conte oriental. Un jeune marchand de Bagdad, dit-il, étant un matin dans son lit, se sentit très amoureux et souhaita, à grands cris, d'être aimé de toutes les femmes. A peine y avait-il fait quelques pas qu'une affreuse vieille, qui filtrait du vin dans sa cave, éprise à sa vue d'un ardent amour, lui envoya des baisers par le soupirail.

Il détourna la tête avec dégoût, mais la vieille le tira par la jambe dans le souterrain, où elle le garda vingt ans enfermé. Jacques de Navicelle finissait ce conte, quand un maître d'hôtel vint l'avertir qu'il était attendu. Il vient de conter sa propre histoire, dit Saint-Sylvain. Le jeune marchand de Bagdad, c'est lui-mème. Quatrefculllcs se frappa le front. Au contact du roi, madame de la Poule, devenue mélancolique, nourrissait des idées sombres et de folles terreurs.

Elle se croyait persécutée, victime de machinations abominables; elle vivait dans la crainte perpétuelle d'être empoisonnée et obligeait ses femmes de chambre à goûter tous les plats de sa table. Elle ressentait l'effroi de mourir et l'attrait du suicide.

L'état du roi s'aggravait de celui de cette dame avec laquelle il passait de tristes jours. Les peintres disait Christophe V sont de funestes artisans d'imposture. Ils prêtent une beauté touchante aux femmes qui pleurent et nous montrent des Andromaque, des Artémise, des Madeleine, des Héloïse, parées de leurs larmes.

J'ai un portrait d'Adrienne Lecouvreur dans le rôle de Cornélie, arrosant de ses pleurs les cendres de Pompée elle est adorable. Et, dès que madame de la Poule commence à pleurer, sa face se convulse, son nez rougit elle est laide à faire peur. Ce malheureux prince, qui ne vivait que dans l'attente de la chemise salutaire, vitupéra Quatrefeuilles et Saint-Sylvain de leur négligence, de leur incapacité et de leur mauvaise chance, comptant, peut-être, que de ces trois reproches un du moins serait juste.

Vous me laisserez mourir, comme font mes médecins Machellieret Saumon. Mais eux, c'est leur métier. J'attendais autre chose de vous; je comptais sur votre intelligence et sur votre dévouement. Je m'aperçois que j'avais tort. Revenir bredouille vous n'avez pas honte? Votre mission était-elle donc difficile à remplir?

Est-il donc si malaisé de trouver la chemise d'un homme heureux? Si vous n'êtes même pas capables de cela, à quoi êtes-vous bons? On n'est bien servi que par soi-même. Cela est vrai des particuliers et plus vrai des rois.

Je vais de ce pas chercher la chemise que vous ne savez découvrir. Quatrefeuilles et Saint-Sylvain essayèrent de le retenir Sire, dans votre état, quelle imprudence. Croyez-vous donc demanda le roi que les gens heureux se couchent comme les poules? N'y a-t-il plus de lieux de plaisir dans ma capitale? N'y a-t-il plus de restaurants de nuit?

Mon préfet de police a fait fermer tous les claque-dents n'en sont-ils pas moins ouverts? Mais je n'aurais pas besoin d'aller dans les cercles. Je trouverai dans la rue, sur les bancs. Apcine habille, Christophe V enjamba madame de La Poule qui se tordait à terre dans des convulsions, dégringola les escaliers et traversa le jardin à la course. Quatrefeuilles et Saint-Sylvain, consternés, le suivaient de loin, en silence. Parvenu à la grande route, ombragée de vieux ormes, qui bordait le Parc royal, il aperçut un homme jcwne et d'une admirable beauté qui, appuyé contre un arbre, contemplait avec une expression d'allégresse les étoiles qui traçaient dans le ciel pur leurs signes étincelants et mystérieux.

La brise agitait sa chevelure bouclée un reflet des clartés célestes brillait dans son regard. Je regrette, monsieur, dit le prince, de troubler votre rêverie. Mais la question que je vais vous faire est pour moi d'un intérêt vital. Ne refusez pas de répondre à un homme qui est peut-être à même de vous obliger, et qui ne sera pas ingrat.

Sans doute, il n'en a pas toujours été ainsi. J'ai, comme tous les hommes, éprouvé le mal de vivre et peut-être l'ai-je éprouvé plus douloureusement que la plupart d'entre eux. Il ne me venait ni de ma condition particulière, ni de circonstances fortuites, mais du fond commun à tous les hommes et à tout ce qui respire; j'ai connu un grand malaise; mais il est entièrement dissipé. Je goûte un calme parfait, une douce allé-.

Vous me voyez, monsieur, au plus beau moment de ma vie, et, puisque la fortune me fait vous rencontrer, je vous prends à témoin de mon bonheur. Je suis enfin libre, exempt des craintes et des terreurs qui assaillent les hommes, des ambitions qui les dévorent et des folles espérances qui les trompent.

Je suis au-dessus de la fortune; j'échappe aux deux invincibles ennemis des hommes, l'espace et le temps. Je peux braver les destins. Je possède un bonheur absolu et me confonds avec la divinité. Et cet heureux état est mon ouvrage il est dû à une résolution que j'ai prise, si sage, si bonne, si belle, si vertueuse, si efficace, qu'à la tenir on se divinise.

Un mot encore, monsieur. Vous pouvez me sauver. On n'est sauvé qu'en me prenant pour exemple. Je vous prie de ne pas me suivre. Et l'inconnu, d'un pas héroïque, d'une allure juvénile, s'élança dans le bois qui bordait la route. Christophe, malgré la défense quilui avait été faite avec une douceur impérieuse, poursuivit celui qui le fuyait si délibérément. Au moment où il pénétrait dans les taillis, il entendit un coup de feu, s'avança, écarta les branches et vit le jeune homme heureux couché dans l'herbe, la tempe percée d'une balle et tenant encore son revolver dans la main droite.

A cette vue, le roi tomba évanoui. Quatrefeuilles et SaintSylvain, qui n'avaient point perdu sa trace, lui firent reprendre ses sens et le portèrent au palais. Christian s'enquit de ce jeune homme qui avait trouvé sous ses yeux un bonheur désespéré. Il apprit que c'était l'héritier d'une famille noble et riche, aussi intelligent que beau et constamment favorisé par le sort. Le lendemain, Quatrefciiillcs et Saint-Sylvain, à la recherche de la chemise médicinale, descendant à pied la rue de la.

Constitution, rencontrèrent la comtesse de Cécile qui sortait d'un magasin de musique, Ils la reconduisirent à sa voiture. Vous avez eu tort de n'y pas venir c'était très Intéressant.

Le professeur s'est montré d'une élégance, d'une grâce merveilleuses. Il a fait prendre des clichés pour le cinématographe. Quatrefeuilles ne fut pas trop surpris de cette description. Saint-Sylvain, s'arrêtant à la devanture du magasin de musique, contempla le buste de Sigismond Dux et poussa un grand cri. Le voilà, celui que nous cherchons! Le buste, très ressemblant, offrait des traits réguliers et nobles, une de ces figures harmonieuses et pleines, qui ont l'air d'un globe du monde.

Bien que très chauve et déjà vieux, le grand compositeur y paraissait aussi charmant que magnifique. Son crâne s'arrondissait comme un dôme d'église, mais son nez un peu gros se plantait au-dessous avec une robustesse amoureuse et profane; une barbe coupée aux ciseaux ne dissimulait pas des lèvres charnues, une bouche aphrodisiaque et bachique.

Et c'était bien l'image de ce génie qui compose les. Comment poursuivit Saint-Sylvain n'avons-nous pas pensé à Sigismond Dux qui jouit si pleinement de son immense gloire, habile à en saisir tous les avantages et tout juste assez fou pour s'épargner la contrainte et l'ennui d'une haute position, le plus spiritualiste et le plus sensuel des génies, heureux comme un dieu, tranquille comme une bête, joignant dans ses innombrables amours à la délicatesse la plus exquise le cynisme le plus brutal 1.

C'est dit Quatrefeuilles un riche tempérament. Sa chemise ne pourra que faire du bien à Sa Majesté. Ils furent introduits dans un hall vaste et sonore comme une salle de café-concert. Un orgue, élevé de trois marches, couvrait un pan de la muraille de son buffet aux tuyaux sans nombre. Sur les trois marches tendues de pourpre, une troupe de femmes couchées, magnifiques ou charmantes, longues, minces et serpentines, ou rondes, drues, d'une splendeur massive, toutes également belles de désir et d'amour, ardentes et pâmées, se tordaient à ses pieds.

Dans tout le hall, une foule internationale et dévote de jeunes Américaines, de financiers israélites, de diplomates, de danseuses italiennes, de prêtres catholiques, anglicans et bouddhistes, de princes noirs, d'accordeurs de pianos, d'hommes habillés en femmes et de femmes habillées en hommes, de reporters, de marchands chinois, de poètes lyriques, des actrices, des phénomènes, debout, assis, agenouillés, perchés sur les embrasures des fenêtres, grimpés sur les meubles, suspendus aux tringles des rideaux, à cheval sur les candélabres et sur les statues, se confondaient dans une même ivresse.

C'était ce qu'on appelait une matinée intime. Une nuée de femmes enveloppa le maître. Par moments, il en sortait à demi, comme un astre lumineux, pour s'y replonger aussitôt. Il était doux, càlin, lascif, glissant. Aimable, pas plus fat qu'il ne fallait, grand comme le.

Il était pareillement affable et bon avec les hommes et, voyant Saint-Sylvain, l'embrassa trois fois et lui dit qu'il l'aimait chèrement. Le secrétaire du roi ne perdit pas de temps il lui demanda deux mots d'entretien confidentiel de la part du roi et, lui ayant expliqué sommairement de quelle importante mission il était chargé, il lui dit.

Maître donnez-moi votre chc. Il s'arrêta, voyant les traits de Sigismond Dux subitement décomposes. Un orgue de Barbarie s'était mis à moudre dans la rue la Polka des Jonquilles. Et, dès les premières mesures, le grand homme avait pâli. Et le maître, couronné de quarante ans de gloire et d'amour, ne pouvait souffrir qu'un peu de louanges s'égarât sur Bouquin. Il en ressentait comme une insupportable offense.

Dieu lui-même est jaloux et s'afflige de l'ingratitude des hommes. Sigismond Dux ne pouvait entendre la Polka des Jonquilles sans tomber malade. Il quitta brusquement Saint-Sylvain, la foule de ses adorateurs, le magnifique troupeau de ses femmes pâmées et courut dans son cabinet de toilette vomir une cuvette de bile. Durant quatorze mois, du matin au soir et du soir au matin, ils fouillèrent la ville et les environs, observant, examinant, interrogeant en vain.

Le roi, dont les forces diminuaient de jour en jour, et qui se faisait maintenant une idée de la difficulté d'une semblable recherche, donna l'ordre à son ministre de l'Intérieur d'institucr une commission extraordinaire, chur-. Le préfet de police, déférant a l'invitation du ministre, mit ses plus habiles agents au service des commissaires, et bientôt, dans la capitale, les heureux furent recherchés avec autant de zèle et d'ardeur que, dans les autres pays, les malfaiteurs et les anarchistes.

Un citoyen passait-il pour fortune, aussitôt il était dénoncé, épié, filé. Deux agents de la préfecture traînaient à toute heure, de long en large, leurs gros souliers ferrés, sous les fenêtres de gens suspects de bonheur.

Un homme du monde louait-il une loge à l'Opéra, il était mis aussitôt en surveillance. Un propriétaire d'écurie, dont le cheval gagnait une course, était gardé à vue. Dans toutes les maisons de rendez-vous, un employé de la préfecture, installé au bureau, prenait note des entrées. Et, sur l'observation de M. Cette surveillance pesait sur toute la ville; mais on en ignorait absolument la raison. Quatrefeuilles et Saint-Sylvain n'avaient confié à personne qu'ils cherchaient une chemise fortunée, de peur, comme nous l'avons dit, que des gens ambitieux ou cupides, feignant de jouir d'une félicité parfaite, ne livrassent au roi comme heureux un vêtement de dessous tout imprégné de misères, de chagrins et de soucis.

Les mesures extraordinaires de la police semaient l'inquiétude dans les hautes classes et l'on signalait une certaine fermentation dans la ville. Plusieurs dames très estimées se trouvèrent compromises et des scandales éclatèrent. La commission se réunissait tous les matins à la Bibliothèque royale sous la présidence de M. Trou et Boncassis, conseillers d'État en service extraordinaire. Elle examinait à chaque séance quinze cents dossiers en moyenne. Après une session de quatre mois, elle n'avait pas encore surpris l'indice d'un homme heureux.

Comme le président Quatrefeuilles s'en lamentait. Boncassis, —les vices font souffrir, et tous les hommes ont des vices. Je n'en ai pas, moi, soupira M.

Chaudcsaigues, et j'en suis au désespoir. La vie sans vice n'est que langueur, abattement, et tristesse. Le vice est l'unique distraction qu'on puisse goûter en ce monde; le vice est le coloris de l'existence, le sel de l'âme, l'étincelle de l'esprit. J'ai essayé de m'en donner; je n'ai pas pu il y faut du génie, il y faut un beau naturel.

Un vice affecté n'est pas un vice. Ali ça demanda Quatrefeuilles, qu'appelez-vous vice a. J'appelle vice une disposition habituelle à ce que le nombre considère comme anormal et mauvais; c'est-à-dire la morale individuelle, la force individuelle, la vertu individuelle, la beauté, la puissance, le génie.

J'en ai, moi j'en ai plusieurs, et je vous assure que j'en tire moins de satisfaction que de désagrément. Il n'y a rien de pénible comme un vice.

On se tourmente, on s'échauffe, on s'épuise à le satisfaire, et, des qu'il est satisfait, on éprouve un immense dégoût. Vous ne parleriez pas ainsi, monsieur, répliqua Chaudesaigues, si vous aviez de beaux vices, des vices nobles, fiers, impérieux, très hauts, vraiment vertueux.

Mais vous n'avez que de petits vices peureux, arrogants et ridicules. Vous n'êtes pas, monsieur, un grand contempteur des Dieux.

Saint-Sylvain se sentit d'abord piqué de ce propos, mais le bibliothécaire lui représenta qu'il n'y avait là nulle offense. Saint-Sylvain en convint de bonne grâce et fit avec calme et fermeté cette réflexion.

Voilà pourquoi nous sommes tous malheureux. Messieurs, dit-il, —ne raisonnons donc point! Nous ne sommes pas faits pour cela. Il en fut de cette commission du bonheur comme de toutes les commissions parlementaires et extraparlementaires réunies dans tous les temps et dans tous les pays elle n'aboutit à rien, et, après avoir siégé cinq ans, se sépara sans avoir apporté aucun résultat utile.

Le roi n'allait pas mieux. La neurasthénie, semblable au Vieillard des mers, prenait pour le terrasser des formes diversement terribles.

Vous n'imaginez pas ajoutait-il combien ces sensations sont pénibles et jettent de confusion dans les idées. Sire, je le conçois d'autant mieux répondait Quatrefeuilles qu'au temps de ma jeunesse il m'arrivait souvent que le ventre me remontait jusque dans le cerveau, et cela donnait à mes idées la tournure qu'on peut se figurer. Mes études de mathématiques en ont bien souffert. Plus Christophe ressentait de mal, plus il réclamait ardemment la chemise qui lui était prescrite.

J'enreviens à croire, dit Saint-Sylvain à Quatrefeuilles, que, si nous n'avons pas trouvé, c'est que nous avons mal. Décidément, je crois à la vertu et je crois au bonheur. Ils sont rares; ils se cachent. Si vous m'en croyez, nous les chercherons de préférence dans cette région montueuse et ru,de qui est notre Savoie et notre Tyrol. Toutes les misères qui désolent les villes, ils les retrouvaient dans ces hameaux, où la rudesse et l'ignorance des hommes les rendait encore plus dures.

La faim et l'amour, ces deux fléaux de la nature, y frappaient les malheureux humains à coups plus forts et plus pressés. Leurs fêtes se terminaient en rixes sanglantes. Virgile, dans son poème administratif intitulé les Géorgiques, dit que les agriculteurs seraient heureux s'ils connaissaient leur bonheur. Il avoue donc qu'ils n'en ont point connaissance.

En fait, il écrivait par l'ordre d'Auguste, excellent gérant de l'Empire, qui avait peur que Rome ne manquât de pain et cherchait à repeupler les campagnes. Virgile savait comme tout le monde que la vie du paysan est pénible. Hésiode en fait un tableau affreux. Il y a un fait certain, dit Quatrefeuilles, c'est que, dans toutes les contrées, les garçons et les filles de la campagne.

Sur le littoral, les filles rêvent d'entrer dans des usines de sardines. Dans les pays de charbon, les jeunes paysans ne songent qu'à descendre dans la mine.

Un homme, dans ces montagnes, montrait au milieu des fronts soucieux et des visages renfrognés son sourire ingénu. Il ne savait ni travailler la terre ni conduire les animaux il ne savait rien de ce que savent les autres hommes, il tenait des propos dénués de sens et chantait toute la journée un petit air qu'il n'achevait jamais.

Il était partout aux anges. Son habit était fait de morceaux de toutes les couleurs, bizarrement assemblés. Les enfants le suivaient en se moquant; mais, comme il passait pour porter bonheur, on ne lui faisait pas de mal et on lui donnait le peu dont il avait besoin.

Il mangeait aux portes, avec les chiens de garde, et couchait dans les granges. Observant qu'il était heureux et soupçonnant que ce n'était pas sans des raisons profondes que les gens de la contrée le tenaient pour un porte-bonheur, Saint-Sylvain, après de longues réflexions, le chercha pour lui tirer sa chemise.

Il le trouva prosterné, tout en pleurs, sous le porche de l'église Hurtepoix venait d'apprendre la mort de Jésus-Christ, mis en croix pour le salut des hommes.

Descendus dans un village dont le maire était cabaretier, les deux officiers du roi le firent boire avec eux et s'enquirent si, d'aventure, il ne connaissait pas un homme heureux. Messieurs, leur répondit-il, allez dans ce village dont vous voyez, à l'autre versant de la vallée, les maisons blanches pendues au flanc de la montagne, et présentez-vous au curé Miton il vous recevra très bien et vous serez en présence d'un homme heureux et qui mérite sa félicité.

Vous aurez fait la route en deux heures. Un jeune homme qui suivait le même chemin, monté sur un meilleur cheval, les rejoignit au premier lacet. Il avait la mine ouverte, un air de joie et de santé.

Ils lièrent conversation avec lui. Faites-lui bien mes compliments. J'ai liâte d'y arriver. Il leur conta qu'il avait épouse la plus aimable et la meilleure des femmes, qu'elle lui avait donné deux enfants beaux comme le jour, un garçon et une fille. Je viens du chef-lieu, ajouta-t-il sur un ton d'allégresse, et j'en rapporte de belles robes en pièce, avec des patrons et des gravures de modes où l'on voit leffet du costume.

Alice c'est le nom de ma femme ne se doute pas du cadeau que je lui destine. Je lui remettrai les paquets tout enveloppes et j'aurai le plaisir de voir ses jolis doigts impatients s'agacer à défaire les ficelles. Elle sera bien contente; ses yeux ravis se lèveront sur moi, pleins d'une fraîche lumière, et elle m'embrassera. Nous sommes heureux, mon Alice et moi. Depuis quatre ans que nous sommes mariés, nous nous aimons chaque jour davantage. Il faut venir chez nous un dimanche, messieurs vous boirez de notre petit vin blanc et vous regarderez danser les plus gracieuses filles et les plus vigoureux gars du pays, qui vous enlèvent leur danseuse et la font voler comme une plume.

Notre maison est à une demi-heure d'ici. On tourne à droite, entre ces deux rochers que vous voyez à cinquante pas devant vous et qu'on appelle les Pieds-du-Chamois; on passe un pont de bois jeté sur un torrent et l'on traverse le petit bois de pins qui nous garantit du vent du nord. Dans moins d'une deml-liourc, je retrouverai ma petite famille et nous serons tous quatre bien contents.

Il faut lui demander sa chemise, dit tout bas Quatrefeuilles à Saint-Sylvain; je suppose qu'elle vaut bien celle du curé Miton. Je le suppose aussi, répondit Saint-Sylvain. Au moment où ils échangeaient ces propos, un cavalier rustique déboucha entre les Pieds-du-Chamois, et s'arrêta sombre et muet devant les voyageurs.

Monsieur, votre épouse, impatiente de vous revoir, a voulu aller au-devant de vous. Le pont de bois s'est rompu et elle s'est noyée dans le torrent avec ses deux enfants. Laissant le jeune montagnard fou de douleur, ils se rendirent chez M.

Miton, et furent reçus au presbytère dans une chambre qui servait au curé de parloir et de bibliothèque. Il y avait là, sur des tablettes de sapin, un millier de volumes et, contre les murs blanchis à la chaux, des gravures anciennes d'après des paysages de Claude Lorrain et du Poussin tout y révélait une culture et des habitudes d'esprit qu'on ne rencontre pas d'ordinaire dans un presbytère de village.

Le curé Miton, entre deux âges, avait l'air intelligent et bon. A ses visiteurs, qui feignaient de vouloir s'établir dans le pays, il vanta le climat, la fertilité, la beauté de la vallée. M leur offrit du pain blanc, des fruits, du fromage et du lait. Puis il les mena dans son potager, qui était d'une fraîcheur et d'une propreté charmantes; sur le mur qui recevait le soleil, les espaliers allongeaient leurs branches avec une exactitude géométrique les quenouilles des arbres fruitiers s'élevaient à égale distance les unes des autres, bien régulières et bien fournies.

Le temps me paraît court entre ma bibliothèque et mon jardin, répondit le prêtre. Pour tranquille et paisible qu'elle est, ma vie n'en est pas moins active et laborieuse. Je célèbre les offices, je visite les malades et les indigents. Je confesse mes paroissiens et mes paroissiennes.

Les pauvres créatures n'ont pas beaucoup de péchés adiré puis-je m'en plaindre? Mais elles les disent longuement. Il me faut réserver quelque temps pour préparer mes prônes et mes catéchismes mes catéchismes surtout me donnent de la peine, bien que je les fasse depuis plus de vingt ans. Il est si grave de parler aux enfants! Ils croient tout ce qu'on leur dit. J'ai aussi mes heures de distraction.

Je fais des promenades; ce sont toujours les mêmes et elles sont Inliniment variées. Un paysage change avec les saisons, avec les jours, avec les. Je passe agréablement mes soirées d'hiver, avec de vieux amis, le pharmacien, le percepteur et le juge de paix.

Nous faisons de la musique. Mon ne, ma servante, excelle à cuire les eliâtaigncs; nous nous en régalons. Qu'y a-t-il de meilleur au goût que des châtaignes, avec un verre de vin blanc a. Monsieur, dit Quatrefeuilles à ce bon curé, nous sommes au service du roi. Nous venons vous demander de nous faire une déclaration qui sera pour le pays et pour le monde entier d'une grande conséquence. C'est pourquoi nous vous prions d'excuser notre question, si étrange et si indiscrète qu'elle vous paraisse, et d'y répondre sans réserve ni réticence aucune.

Monsieur le cure, êtes-vous heureux P. Miton prit la main de Quatrefeuilles, la pressa et dit d'une voix à peine pcrceptihio. Apres avoir toute une année vainement parcouru le royaume, Quatrefeuilles et Saint-Sylvain se rendirent au château de Fontbiande où le roi s'était fait transporter pour jouir de la fraîcheur des hois.

Ils le trouvèrent dans un état de prostration dont s'alarmait la Cour. Les invités ne logeaient pas dans ce château de Fonthiandc, qui n'était guère qu'un pavillon de chasse. Le secrétaire des commandements et le premier écuycr avaient pris logis au village et, chaque jour, ils se rendaient sous bois auprès du souverain.

Durant le trajet, ils rencontraient souvent un petit homme qui logeait dans un grand platane creux de la forêt. Il se nommait Mousquc et n'était pas beau avec sa face camuse, ses pommettes saillantes et son large nez aux narines toutes rondes. Mais ses dents carrées, que ses lèvres rouges découvraient dans un rire fréquent, donnaient de léctatet de.

Comment s'était-il emparé du grand platane creux, personne ne le savait mais il s'y était fait une chambre bien propre, et munie de tout ce qui lui était nécessaire. A vrai dire, il lui fallait peu. Il vivait de la forêt et de l'étang, et vivait très bien. On lui pardonnait l'irrégularité de sa condition parce qu'il rendait des services et savait plaire. Quand les dames du château se promenaient en voiture dans la forêt, il leur offrait dans des corbeilles d'osier, qu'il avait lui-même tressées, des rayons de miel, des fraises des bois ou le fruit amer et sucré du cerisier des oiseaux.

Il était toujours prêt à donner un coup d'épaule aux charrois embourbés et aidait à rentrer les foins quand le temps menaçait. Sans se fatiguer, il en faisait plus qu'un autre. Sa force et son agilité étaient extraordinaires. Il brisait de ses mains la màchoire d'un loup, attrapait un lièvre à la course et grimpait aux arbres comme un chat. Il faisait, pour amuser les enfants, des flûtes de roseaux, des petits moulins à vent et des fontaines d'HIéron.

Ce proverbe frappa leur esprit, et, un jour, passant sous le grand platane creux, ils virent Mousque qui jouait avec un jeune mopse et paraissait aussi content que le chien. Ils s'avisèrent de lui demander s'il était heureux. Mousque ne put répondre, faute d'avoir réfléchi sur le bonheur.

Ils lui apprirent en gros et très simplement ce que c'était, et, après y avoir songé un moment, il répondit qu'il l'avait. A cette réponse, Saint-Sylvain s'écria impétueusement Mousque, nous te procurerons tout ce que tu peux désirer, de l'or, un palais, des sabots neufs, tout ce que tu voudras donne-nous ta chemise.

Sa bonne figure exprima, non le regret et la déception, qu'il était bien incapable d'éprouver, mais une grande surprise. Il fit signe qu'il ne pouvait donner ce qu'on lui demandait. Il n'avait pas de chemise. Un port militaire est aussi un centre de stationnement dont l'outillage doit assurer, à la fois, la sécurité, le ravitaillement et les réparations d'une flotte.

La multiplicité de ces bases d'opérations accroît la liberté d'action d'une armée navale et lui vaut une très grande latitude dans le cbuix d'un refuge. Et c'est ainsi que l'Angleterre n'a que trois ports militaires, Plymoutb, Portsmoutb, Cbatbam-Sbeerness que l'Allemagne n'en a que deux 2, Kiel et Wilhcimshayen, et que l'Italie, qui en a quatre Spezzia, Naples, Tarcnte, Venise, déplore d'être si largement munie; seule, la France a tenu jusqu'ici à en avoir cinq, Cherbourg, Brest, Lorient, Hochefort, Toulon.

Chatham-Sheerness constitue un ensemble aux détails près, Chatham approvisionnerait et réparerait une armée navale stationnée à Shcerness. Cet ensemble est encadré par le camp retranché de Douvres et par la base de Rosyth, qui sera un Bizcrte, et non un Toulon. Dauzig est un arsenal secondaire; contrairement a notre Bizerte, Danzig est inaccessible aux grandes unités de combat; comme Bizerte, Danzig est dépourvu de tout dépôt de personnel.

L'impossibilité de loger une armée navale à Lorient ou à Rochefort, et partant de l'y armer, de l'y ravitailler et de l'y réparer, est cependant incontestée Rochefort est à quatorze kilomètres de la mer, sur une rivière sinueuse, étroite et boueuse, la Charente, qui a cinquante centimètres d'eau à marée basse et que les cuirassés ne peuvent plus remonter, même à marée haute; Lorient est au fond d'une rade, qui peut contenir au plus trois grands bâtiments.

Ces raisonnements, qui ont le mérite de respecter la tradition, ont le défaut de négliger des faits notoires. Les défenses permanentes de Saint-Nazaire sont déjà supérieures à celles de Quiberon et l'organisation d'une défense de fortune y serait tout autrement facile; dans ce port de commerce, qui est un centre d'armement et de constructions navales, nombre d'unités de combat pourraient embarquer à quai non seulement du charbon, de l'eau et du matériel courant, mais encore du matériel de guerre et des ouvriers de l'État transportés de Lorient' par voie ferrée.

Pour les bâtiments moyens et petits, Bordeaux est un centre d'approvisionnements et de réparations autrement précieux que les rades charentaises d'Aix et des Trousses, et une division cuirassée, amarrée aux appontements de Pauillac, serait ravitaillée par Bordeaux en moins de temps qu'un groupe identique, qui i. A Lorient comme à Rochefort, nous avons des ateliers, des magasins, des dépôts de munitions.

Ce serait folie que d'en réclamer le transfert à Saint-Nazaire et à Bordeaux. Mais le maintien et l'utilisation à distance des installations coûteuses, dont Lorient et Rochefort sont dès maintenant pourvus, n'implique en rien la nécessité de recourir pour ces deux centres maritimes à une organisation calquée sur celle de nos ports militaires de Cherbourg, Brest et Toulon. Même réduites à une nomenclature, ces remarques devraient importuner les partisans de Loricnt et de Rochefort, et le nom de l'adversaire, qui ferait du golfe de Gascogne le théâtre de ses opérations contre nos flottes, devrait aussi leur importer davantage.

Pour eux, il semble qu'il soit superflu de se demander quand et comment notre armée navale pourrait être contrainte de se réfugier à Quiberon ou en rade des Trousses. Et qui leur poserait cette question précise, serait sans doute, une fois de plus, renvoyé par eux à l'Histoire Compagnie des Indes, expéditions parties de Loricnt et de Rocbcfort, convois qui y ont atterri, désastres de Quiberon et de l'île d'Aix. Certes, il faut s'appuyer sur l'histoire maritime. L'expérience est impuissante à fournir la recette qui garantit la victoire mais elle apprend comment il suffit de s'y prendre pour être battu par un adversaire instruit.

Telle est l'unique origine des principes dits militaires, qui sont peu nombreux et rationnels. Mais la rareté ou le vague des enseignements historiques interdisent très souvent d'attribuer une valeur décisive à l'un quelconque des raisonnements que l'on peut faire pour passer d'un principe à l'application; toutefois, plus on approfondira l'étude du passé, plus les divergences de vues s'atténueront.

Souvent il suffirait d'Inventorier les besoins de la marine à voiles pour constater que telle réforme, qui prend le contre-pied de la lettre de la tradition, en respecte en effet l'esprit. Tel est peut-être le cas des ports militaires de Lorient et de Rochefort i.

Comment nos aînés auraient-ils pu ne pas préférer Lorient, qui existait, à un Saint-Nazaire, qui n'existait pas, Lorient, dont le chenal d'accès était invariable et sensiblement rectiligne, à Saint-Nazaire que l'on atteignait par une passe sinueuse, non moins variable en direction qu'en profondeur, Lorient, qui garantissait un abri sûr aux escadres d'autrefois, à Saint-Nazaire encore sans protection?

Plus au sud, le choix de nos aînés était non moins impérieusement dicté par la nature les rades de la Charente étaient seules assez ouvertes et pourtant assez sûres pour pouvoir être fréquentées par des voiliers. Déjà, il est vrai, les méandres de la Charente interdisaient, à marée basse, la circulation des bâtiments dont le tirant d'eau dépassait quelque oo centimètres mais cet inconvénient était compensé à leurs yeux par les dangers de l'atterrissage en Gironde et du louvoyage dans un estuaire non régularisé et mal balisé.

Aujourd'hui la situation est tout autre dans la Gironde et dans la Loire en Gironde, après avoir franchi une barre où l'on trouve près de 8 mètres d'eau à marée basse, nos plus longues unités de combat ont devant elles un chenal presque droit et soigneusement jalonné; en Loire, les passes, maintenant aussi praticables que celles de Lorient, conduisent à un vaste bassin à flot ou à une rade bien abritée.

L'avènement de la vapeur et les travaux elïectués en Loire et en Gironde ont donc profondément modifié les données du problème militaire. Et de même que les choix de Lorient et de Rochefort se sont imposés au réalisme de nos aînés, de même les choix de Saint-Nazaire et de la Gironde devraient s'imposer maintenant à notre réalisme.

Mais notre armée navale a-t-elle besoin de deux ports militaires dans le golfe de Gascogne? P Assurément, la marine à voiles eut des chefs qui se doutèrent qu'une guerre navale comporte des combats sur mer et que c'est là que la victoire se décide.

Mais ces clairvoyants furent l'exception, aussi bien en Angleterre qu'en France. N'ayant jamais étudié ou compris l'histoire, la plupart des marins concevaient la guerre tout autrement. Certains ne proscrivaient pas absolument les actions militaires, sous une réserve expresse, toutefois elles devaient se dérouler à terre. Le fin du fin consistait à éviter l'ennemi flottant; il s'agissait de voguer vers de lointaines contrées et d'y conquérir.

Si, d'aventure, le Lien convoité était déjà solidement occupé par l'adversaire, on allait se couvrir de gloire ailleurs. Mais, en dépit de trésors d'astuce, les escadres ennemies se rencontraient un jour. L'accident déroutait l'un des chefs, sinon les deux.

Parfois, ils se déliaient du geste, et le vent leur rendait le service de les séparer; puis, la partie de cache-cache recommençait. Parfois, au contraire, tout ayant une un, une rencontre survenait, et le plus souvent à notre détriment.

A Lout de souffle car nos rois ne surent presque jamais profiter des périodes de paix pour préparer la guerre maritime, Versailles avait enfin une raison ou un prétexte pour signer un traité de paix, généralement désastreux.

A coté des foudres de guerre, qui rêvaient plaies et bosses à terre, d'autres, encore plus ingénieux, ne voulaient devoir la victoire qu'à deux moyens l'immobilité ou la fuite. Le malticurcux Hrucys fut le plus illustre représentant de la première méthode. La seconde plaisait davantage à VIllencuve, qui se félicitait de n'avoir pas marché au canon à Aboukir et d'avoir été assez favorisé des dieux pour ramoner, saine et sauve, sa division à Toulon. Aujourd'hui comme hier, sans ports militaires, une armée navale s'évanouirait; mais nos aînés se faisaient de la guerre une Idée telle qu'ils n'avaient jamais assez de trous pour se terrer aujourd'hui il nous suffit d'en avoir là où nous pourrions avoir à combattre.

Et les théâtres d'opérations possibles ne sont plus du tout les mêmes qu'autrefois. Presque toujours, les guerres interminables du passé se poursuivirent aux Antilles; presque toujours aussi, une escadre anglaise vint bloquer Brest, dès le début des hostilités. Rochefort et Lorient avaient alors une importance considérable pour l'ennemi, au double point de vue militaire et nautique, leur blocus était beaucoup plus dangereux que celui de Brest; nos convois qui en partaient ou y revenaient étaient presque certains de ne pas être gênés.

Mais autre temps, autres exigences. On ne saurait affirmer que, désormais, le golfe de Gascogne sera toujours désert en temps de guerre on a du moins la certitude que les seules luttes actuellement possibles imposeraient à notre armée navale l'obligation d'opérer en Manche et dans la mer du Nord. Dans tel ou tel cas probable, sinon très probable, Dunkerque vaudrait certainement mieux que Cherbourg ou Brest, comme centre d'attente et de refuge.

Le ministère de la Marine s'abstient pourtant et il faut l'en féliciter de réclamer l'aménagement d'un port militaire à Dunkerque. Mais, en igo8, ce ministère a préconisé' et ceci passe toute imagination l'amélioration continue de Lorient et des rades de la Charente.

Il y a vingt-six ans, pourtant, un ministre de la Marine dans le patriote ministère de Gambetta, Gougeard, avait réclamé cette économie. En juillet dernier, la Commission du budget de la Chambre vota la suppression des ports militaires de Lorient et de Rochefort. Cette réforme était difficilement réalisable par voie budgétaire; l'opposition du ministère la rendit impossible. Thomson avait consenti quelques réductions que la Commission parlementaire de la Marine, dont les députés des ports dictent les décisions, fit annuler les efforts de M.

Charles Chaumet ont du moins provoqué la nomination d'une commission spéciale. Edwards , ne s'y trouvait pas le maître absolu. Il y partageait le pouvoir avec deux Américains, M. Or, une révolution venait d'y éclater. Le parti Edwards, soit qu'on l'eût expulsé de force, soit qu'il se fût laissé expulser par calcul, avait brusquement cédé la place au parti américain, et les deux managers, M.

En se retirant ainsi en masse, avec cette précipitation, le parti Edwards avait du compter sur l'embarras où il allait nécessairement mettre l'autre, et toute l'ancienne rédaction était malicieusement revenue voir, sur les quatre heures du matin, aux soupiraux illuminés de l'imprimerie, si le journal paraissait Mais un journal parait toujours, et le numéro, tout humide, sortait victorieusement des machines.

Les plieuses le froissaient sur leurs tables, les marchands et les marchandes en attendaient la livraison, et ce qui s'emportait ainsi par paquets, aux bras des camelots et des crieurs, dans le petit jour de la rue, c'était justement cet extraordinaire l'Homme s'agite , mis on ne sait comment en leader-article, dans la confusion de la bataille.

Je ne m'en souviens plus très bien. On n'avait même jamais vu s'agiter autant. Les rédacteurs, sans doute, ne demandaient qu'à s'agiter le moins possible, mais l'administration n'était pas aussi paisible, et les rapports les plus étranges existaient entre elle et nous.

Tous les employés en étaient Américains, pas un d'eux n'y disait un mot de français, et aucun de nous ne comprenait un mot d'anglais. Il en résultait des relations comme entre sourds-muets, mais comme entre sourds-muets ennemis.

Les bureaux de la comptabilité étaient au troisième, les nôtres au second, et nous ne trouvions jamais devant nous, quand nous montions, que des figures américaines qui nous riaient au nez en américain derrière des guichets. Nous riaient-elles vraiment au nez, ou n'était-ce qu'une apparence? Nous ne pouvions même pas le savoir. Etait-ce bien aussi de ce troisième, ou d'ailleurs, que soufflait le vent satanique dont les rafales bouleversaient la maison? Nous ne pouvions pas le savoir non plus.

Mais le vent soufflait, ne laissait jamais debout quinze jours un rédacteur ni un secrétaire de rédaction, et, plus les rédacteurs et les secrétaires de rédaction tombaient les uns sur les autres, comme dans une pantomime bien réglée, plus les Américains du troisième ricanaient derrière leurs grillages.

Le soleil dardait là toute la journée, et le gaz y chauffait toute la nuit, entre des murs gros comme des planches, dans des chambres grandes comme des boites. Un été d'orages continuels pesait sur nous par là-dessus, et chacun se dissolvait dans un état de nervosité moite où personne ne gardait même plus son gilet.

Seul, le secrétaire de la rédaction, obligé à plus de tenue, conservait le sien, mais en le déboutonnant. Tous les autres circulaient en costume de garçons de bain, et c'était ainsi accoutrés, fondant en eau, ruisselant, les bretelles pendantes, qu'on recevait constamment les affolantes nouvelles qui renversaient l'un ou l'autre de son poste. On n'imagine pas de quelle façon énigmatique on vous faisait dégringoler de votre emploi dans cette chaleur sénégalienne.

Quelqu'un, à chaque instant, essuyait comme un croc-en-jambe et semblait rentrer sous terre. Combien de figures, en quelques semaines, nous passèrent ainsi sous les yeux à tous, les unes déconfites, les autres triomphantes!

Vous en faites trois Le premier, vingt-cinq centimètres Ça pourra aller à cheval entre la une et la deux. Castelar , l'homme le plus éloquent d'Espagne, et nous attendions fébrilement sa première vaticination. Castelar , le procédé était leste, et Humbert objectait très justement: Et l'article était annoncé, affiché, claironné, tambouriné depuis huit jours! On aurait bien ri au troisième, chez les Américains, derrière les guichets, à une heure administrative.

Le grand Maurel, à minuit, mesurait encore Castelar! Il n'était plus secrétaire On le savait peut-être au troisième, mais nous ne le savions pas au second. Cette chaise de secrétaire! On en disparaissait vite, et je la revois aussi occupée par M. Arthur Heulhard , qui avait précédé Humbert dans la rédaction en chef, n'y avait jamais échappé, Humbert n'y échappait pas, et tout le monde, à minuit, en revoyant M. Il entrait, saluait, se plantait contre une table, tortillait sa moustache, tapotait le bas de son paletot, et, de sa voix caverneuse, somnolent, congestionné: A-t-on pensé, ce soir, au petit editorio?

Quelque chose d'extraordinaire, évidemment! Et Humbert , en effet, nous annonçait le lendemain: Très poli, mais ne plaisantant pas souvent, le bon Fabert sentait le vent souffler en tempête autour de lui, et se promenait dans les bureaux d'un air grave, en tâchant d'apaiser la rédaction, plus houleuse encore que d'habitude, car une grosse nouvelle circulait dans le désarroi général.

Lapérouse, de la Liberté! Un joyeux camarade, et même un joli garçon, mais qui, jusqu'à ce moment-là, n'avait pas paru papable. Il arrivait avec des projets monstres, et nous lui devions déjà Fabert. Il était trop malin, trop boulevardier, et nous le supposions, simplement, en pourparlers de sa façon. Il devait, pensions-nous, dire d'un côté aux Américains: Et les plaisanteries allaient bon train. Vous êtes un peu légers, permettez-moi de vous le dire Pour la première fois que nous avons un homme sérieux Il doit venir dans un moment, attendez-le Vous le verrez, il est charmant!

Il avait le chapeau sur l'oreille, deux yeux d'une malice gaie, une physionomie qui se moquait d'avance de ce qu'il allait dire, et il me déclara tout de suite, en venant à moi comme à une vieille connaissance: J'ai ma voiture en bas, et si vous n'avez rien à faire, je vous enlève, nous causerons Une seconde pour voir si je n'ai pas de lettres, une autre pour donner un ordre, et nous partons À mesure que vous le connaîtrez Mais Lapérouse revenait déjà, et, toujours pressé: Voyons, quelles sont vos vues?

Mon cher, lui dis-je, mes vues sur le Matin Il me fait l'effet du journal des Hanlon-Lees On y est administré comme par des clowns Elles me parurent d'un ironiste, et il ne semblait pas, d'ailleurs, les prendre lui-même au sérieux. Puis, la voiture s'arrêta, il se trouvait à l'un de ses rendez-vous, et nous convînmes de nous revoir le lendemain. Il devait y avoir une réunion, et d'autres collaborateurs devaient venir. Je ne le sais plus exactement, mais j'y revois cependant Heulhard.

Nous étions au journal vers les dix heures et demie, et Fabert, un instant après, nous disait en nous rejoignant: Je vous demande bien pardon, mais vous voyez un homme qui succombe sous les affaires, les courses, les rendez-vous J'ai voulu tout expédier afin d'être mieux à vous Maintenant, nous allons causer Est-ce que vous ne trouvez pas que nous serions mieux au café? Ça n'est pas aussi votre avis?

C'est le plus près, j'y dîne, on m'y connaît, et nous y demanderons un cabinet. Maintenant, quelles sont vos vues? Êtes-vous un directeur nommé par l'Amérique? Et, comme acquéreur, êtes-vous un acquéreur ferme? On révolutionnait tout, le reportage, les faits-divers, la critique dramatique.

Il y avait eu, au dernier moment, une petite difficulté Il n'en était rien, et il en fut lui-même le plus surpris, mais cela nous redonna encore, malgré tout, et je ne sais comment, la rage de nous réunir.

Nous en arrivions à ressembler à des gens qui auraient attendu le résultat d'une grossesse nerveuse, et qui l'auraient attendu dans les cafés, aux plus étranges heures nocturnes! On vendait toujours dans les kiosques quelque chose qui avait quatre pages, qui s'appelait le Matin , et qui coûtait deux sous.

Mais nous avions le sentiment de ne plus vivre que d'une existence fantastique, nous renonçâmes encore à nos conjurations de cabinet, et Fabert lui-même, un jour, nous parut tout bouleversé. Mais on le poussa un peu, et il finit par nous dire, avec dignité: Messieurs, je n'en démords pas Il y a un journal à faire Lapérouse ne le fait pas, mais nous le ferons!

Demain, à trois heures, soyez tous chez Schiller, faubourg Montmartre, dans la maison de la Justice. Nous n'avons pas de dettes! Ce fut un fou rire, et on en riait encore, une semaine après, quand nous apprenions, un après-midi, que… M.

Edwards était à son bureau!!! Edwards , les vainqueurs paient-ils les dettes des vaincus? Mais vous allez d'abord m'avouer une chose, c'est que les vaincus ne vous auraient probablement jamais payé. Et vous allez, ensuite, me donner un petit renseignement J'aurais voulu le savoir! Et combien vous doit-on? Et passez à la caisse Jolie femme, elle l'était vraiment, et comme le plus fin, le plus menu, le plus délicat des bibelots. Elle était aussi fort bonne femme, et personne ne saura jamais tout ce qu'elle a protégé de gens de presse et de bas-bleus.

Il le considère comme capable de faire facilement fusiller cinquante personnes tous les matins pour son déjeuner Un homme de premier ordre? Quant à faire fusiller cinquante personnes pour son déjeuner tous les matins Il y a les coups de fusil à la caisse Même entendu de cette façon-là Il y a tout de même peut-être un peu de vrai Il est si intelligent!

Écoutez, je ne sais pas s'il a jamais fait fusiller personne pour son déjeuner, mais je veux vous faire dîner avec lui un de ces jours-ci Mais Portalis n'arrivait pas, et la comtesse finissait par s'écrier: Il ne vous en fait jamais d'autres J'en suis bien fâchée pour lui, mais nous allons nous mettre à table Nous n'avions guère fait encore que déplier nos serviettes, mais nous aurions pu être au rôti que le nouveau venu n'en aurait pas été moins calme.

Il vous rappelait le mot de Balzac: Je ne me rappelle pas une seule de ses paroles, mais je vois toujours devant moi, comme à la lumière d'un réflecteur qui en aurait fouillé tous les replis, les détails bizarres de sa physionomie. Le nez n'était pas seulement pointu, mais aigu, comme affilé, et légèrement bifurqué du bout, terminé par une petite fourche railleuse.

Les yeux, extraordinairement cachés et enfouis, luisaient comme des pointes d'aiguilles sous des paupières en pochettes, où ils dissimulaient encore leur brasillement derrière un perpétuel clignement de cils, et la bouche, là-dessous, dans la barbe blonde, découvrait ces dents qu'on y remarquait tout de suite, de jolies dents, blanches et brillantes, fines comme des perles.

Il avait par là, quelque chose de Rochefort. C'était encore une figure qui s'éclairait par en bas. Il les cache tellement bien! On ne sait même pas s'il en a. Alors, seulement, il les ouvre bien, et il les ouvre comme des brasiers, commodes portes de fourneau L'autre jour, quelqu'un est venu le demander au journal. Je ne sais pas trop ce que lui voulait l'individu, et ce qu'il pouvait bien y avoir entre eux, mais on avait à peine introduit le bonhomme, que Portalis l'empoignait, le jetait dehors, le tirait sur le palier, le traînait jusqu'à la rampe, l'enlevait comme un paquet par-dessus la balustrade, vous le maintenait là suspendu dans l'escalier par le collet de son paletot, et lui demandait de quelle façon il avait envie de descendre.

Je vous réponds qu'à ce moment-là il avait des yeux! Et ils n'étaient pas petits! Ils lui envahissaient la figure! Il continuait, d'ailleurs, à parler lui-même assez peu, et riait toujours de ce rire particulier qui lui mettait comme un masque Puis, je le perdis de vue un instant, et lorsque je me retournai pour le voir encore, il s'en allait Il avait quitté la conversation, baisait discrètement la main de la jolie comtesse, et filait à l'anglaise, sans bruit et sans qu'on le vît.

Je sais bien que vous n'avez fait que l'entrevoir Je regrette qu'il soit parti si vite, vous n'avez pas pu causer avec lui… Il est toujours comme ça Il entre, sort, vous file entre les doigts Mais il est si intelligent! Enfin, voyons, votre impression! Il était trop grand, dissimulait trop ses yeux, ricanait trop, parlait trop peu, passait pour trop courir les femmes après avoir trop couru l'Amérique, et faisait, avec tout cela, des articles trop sentencieux.

Il y avait en lui du Satan et du Yankee, du bellâtre et du conspirateur, du rastaquouère et de l'économiste On se demandait ce que pouvait bien cacher au fond de lui-même, dans le creux de sa basse-taille, ce grand dépendeur de cervelas, venu du nouveau monde, et qui vivait dans le demi?

Nous l'envoyons acheter quand on nous le demande, mais la maison ne le reçoit pas. Est-ce que vous ne recevez pas le Tricolore? Mais, si vous le désirez Vous pensez bien que je l'ai lu! Seulement, et sans vous faire de reproche, vous pourriez bien vraiment me faire l'amitié de le recevoir! Vous pouvez m'inscrire pour un abonnement. Maintenant, savez-vous ce que vous allez faire?

Seulement, je vous répète que des actions Et puis, encore une fois, voyons, vous connaissez bien ma situation, n'est-ce pas? Je suis député, vous savez tous les services que je peux vous rendre Vous ne seriez pas raisonnable Je ne dispose pas de la somme en ce moment Mon Dieu, si je pouvais, ce serait avec plaisir Alors, tenez, si cinq c'est encore trop, vous allez m'en prendre deux!

L à , là, voyons, deux! Elles sont à cinq cents francs, ça vous fera mille francs! Voyons, vous n'en êtes pas à mille francs! Et je peux vous envoyer la quittance? On n'a plus à me remettre que neuf cent quatre-vingt-douze francs…. Or, l'ami, un soir, venait de se coucher, quand il s'entendait appeler. Il était plus de minuit, et la voix partait de la rue L'ami se levait, ouvrait sa fenêtre, et criait dehors: Eût-il assassiné, on ne laisse pas, par une nuit d'hiver, un camarade en détresse.

Aussi, l'ami descendait, allait ouvrir, réveillait la bonne, et faisait dresser un lit. Mais C… grelottait, frissonnait, claquait des dents. Alors, on réunissait, pour le réchauffer, toutes les couvertures du ménage, on l'y enveloppait, on l'y frictionnait, on l'y dorlotait Il y était bientôt douillettement endormi, et ne tardait pas à ronfler comme un juste.

On ne savait pas! Personne ne l'avait aperçu décamper. Seulement, pendant la journée, chacun commençait à se gratter dans la maison, et l'ami, la femme, les enfants, la belle-mère, la bonne, tout le monde avait des démangeaisons Il était profondément honnête, d'une honnêteté scrupuleuse, et, dès qu'il vous avait emprunté vingt francs, il commençait immédiatement contre vous une persécution des plus singulières: N'ayez pas peur, je vous les rendrai Vingt francs n'étaient rien, et vous étiez enchanté de lui avoir rendu ce petit service!

Mais, quelques jours plus tard, vous le voyiez encore reparaître, et il vous disait de nouveau devant témoins: Mais vous le rencontriez encore quelque temps après, et il vous criait de loin, de façon que personne n'en perdit un mot: Je n'oublie pas que je vous les dois Ne craignez rien, je vous les rendrai!

Ne vous désespérez pas! Je sais bien que je les ai toujours, vos vingt francs! Mais soyez donc tranquille Je vous dis que vous les reverrez Ils ne sont pas perdus! Mais n'ayez donc pas peur! C… se promenait dans des habits tout maculés de plaques immondes, ses pantalons avaient l'air de provenir du fripier de la morgue, ses paletots vous le dénonçaient constamment comme venant de rouler par terre, et ses chapeaux vous le confirmaient.

Il avait toujours, dans les cheveux, de la paille ou du foin, de la terre sèche ou des restes de légumes, tout un petit fond de hotte, et ne manquait jamais, dans cette toilette, de vous aborder en public, quand vous étiez avec une dame. Vous aviez beau vous sentir défaillir, la dame avait beau chercher ses sels, il le fallait! El il était charmant, d'une politesse exquise.

Il trouvait tout de suite, et tout naturellement, des multitudes de points de rapport entre lui et vous. Nous avons absolument les mêmes goûts! Non, ça n'est pas comme si! On le relevait, on l'entourait, on voulait l'emporter dans une pharmacie, mais lui, très gracieusement, remerciait alors les personnes assez bonnes pour s'inquiéter de son état, tirait son carnet de sa poche, et, courant après la voiture dont le cocher tâchait de se sauver: Ils faisaient des signes, s'exclamaient, lançaient des interpellations, et tout cela s'adressait toujours au fond du fossé, où ils jetaient en même temps des pierres Or, ce qu'ils regardaient ainsi, et recouvraient, pour s'amuser, de boue et de cailloux, c'était C…, C….

Il sortait de ses ordures, montrait sa tête de faune, s'en allait tout trébuchant, et retournait dans les cafés, où il arrivait se frotter à vous, tombait sur votre épaule, vous ricanait dans la figure, et vous emberlificotait dans ses circuits, comme dans un exaspérant macaroni. Ça, lui avait crié un jour quelqu'un, est-ce que vous avez fini? Est-ce que vous savez ce que vous êtes? On n'en cite pas beaucoup qui suintent autant de cynisme, autant de sagesse méchante!

Les trois quarts des mots heureux qui courent Paris se retrouvent dans ses quarante ans de chroniques, et il est bien vraiment l'homme de journal le plus originalement spirituel que nous ayons eu, violent, léger, brillant, hypocondriaque et drôle Un roman, soixante feuilletons: Mais je ne t'y ferai pas un sou Puis, le coche partait, et, quelques semaines plus tard, en plein mois d'août, à l'époque où Paris est presque désert, Aurélien y débarquait, tout impatient de s'y voir, avec une lettre d'introduction auprès d'un vieil acteur nommé Drouville Ce Drouville habitait le quartier du Château-d'Eau, et Scholl, immédiatement, allait chez lui, sonnait, se faisait annoncer, lui demandait ce qu'il fallait faire, où il fallait loger, et Drouville, sans sourciller: Et Scholl , sans hésiter, se logeait, en effet, dans ce quartier-là, louait une chambre meublée rue du Château-d'Eau même, et, le soir, couchait enfin sous un toit parisien Au milieu de la nuit, seulement, il était réveillé par des démangeaisons, allumait sa bougie, et que voyait-il?

Des petites bêtes plates qui couraient sur les draps, et qui ressemblaient à des lentilles. Il n'en avait pas encore vu, mais il avait entendu parler d'elles, et sautait vite de son lit, brusquement pris d'horreur pour le quartier où il fallait loger pour faire du théâtre. Le jour, d'ailleurs, commençait à se lever.

II s'habillait, descendait, et demandait la porte. Mais toute la maison dormait. On y était sans doute habitué aux lentilles qui avaient des pattes La porte ne s'ouvrait pas Alors, il appelait de nouveau, cognait au carreau de la loge, et y apercevait enfin, dans le demi-jour Mais tout y était fermé Pas même un ivrogne Pas même une balayeuse Il y avait là un banc: La vie de Paris continuait Interdiction de faire de la politique!

Pas d'attaque détournée aux pouvoirs établis! Pas de chronique, de fantaisie, de caricature, de légende, de mots trop impertinents! Rien de la liberté, ni de la cohue qui en résulte. On parlait pendant quinze jours d'une bonne étude littéraire ou d'un bon dessin, et l'on s'ingéniait d'autant plus, pour attirer l'abonné, qu'on en avait moins les moyens. Il fallait être fin, adroit, fantaisiste, inventif, et Scholl, à ce moment-là, donna, dans la Naïad e, le dernier mot de la singularité.

Un journal, quand on se baigne, est incommode. Il tombe dans l'eau, s'y met en pâte, et vous y déteint dans les doigts. Ou vous apporte bien un pupitre, mais le pupitre n'empêche rien, vous gêne, et finit même par s'effondrer sur vous.

La Naïade , journal des baigneurs , supprimait ces inconvénients! Elle était imprimée sur une feuille de caoutchouc, à la fois gazette et serviette, l'encre n'en déteignait pas, et vous pouviez, à volonté, la laisser traîner dans le bain, l'y reprendre, l'y tordre, l'y redéployer, et vous essuyer même avec.

Et tout ce qui plaît ou instruit vous était agréablement servi sur ce journal-essuie-mains: On tirait la Naïade de l'eau pour y lire l'article de tête, on l'y laissait recouler pour barboter un instant, puis on la repêchait pour les maximes ou le feuilleton. Et quelle clientèle sûre, bien définie, facile à recruter! Le placier entrait dans l'établissement, se mettait au bain, sonnait, et, immédiatement: Vous n'avez pas la Naïade?

Elle était dans toutes les baignoires. Combien vécut la Naïade? Deux ou trois ans plus tard, elle surnageait peut-être encore dans quelques maisons, mais Scholl n'en était plus. Vous n'avez pas de meubles? Eh bien, je vous ouvre à la caisse un crédit de cinq mille francs pour vous en acheter Allez, vous êtes meublé Têtes de monstres et corps d'insectes, barbes incultes et mentons rasés, fronts de penseurs et bouches de satiristes, moustaches militaires et favoris d'hommes de loi, toutes les physionomies de l'époque y défilaient.

Et qui apercevait-on, au milieu de la mascarade, au centre de la procession qui tournait en se mordant la queue? C'était, à ce moment-là, une assiette assez rare pour un journaliste, et Scholl devait être content du siège.

Il n'avait plus seulement de l'esprit, mais de l'esprit qui se payait cher, qui avait cours, et, rien qu'à en avoir, il gagnait, pour ses débuts, ses douze ou quinze mille francs par an.

C'était précisément ce qu'Aurélien voulait savoir, et il allait, un été, passer les vacances dans sa famille, à Bordeaux. Il retrouvait là des amis, s'en faisait de nouveaux, et déjeunait, un jour, au Chapon Fin , avec un certain M. Vous qui connaissez tout Paris, y connaissez-vous un certain Osiris 30?

Mais je ne connais que lui. Mais tout à fait bien! Il doit bien avoir aujourd'hui dans les trois ou quatre millions. Et qu'est-ce qu'on dit de lui? Il est gentil garçon? Je vendais en plein air, comme à la foire, on essayait les paletots sur une estrade, et toutes les fois que j'en avais vendu un Et savez-vous qui j'avais pour tapin?

Trois ou quatre millions! Moi qui le vois toujours là Allez, un paletot de vendu! Ces portraits-là ne pourraient paraître que sous une signature autorisée, et, comme vous tenez certainement à signer Je signerai si vous le voulez, mais je ne signerai pas si vous ne le voulez pas.

J'ai demandé l'autorisation de faire un journal politique, et on me l'a promise, mais à la condition que je serais sage Mais toi, pourquoi ne signes-tu pas? J'ai déjà des ennemis de tous les côtés Je ne veux pas m'en faire quarante de plus d'un seul coup! Mais on avait compté sans Barbey d'Aurevilly , à qui Scholl fnissait par lire aussi les fameux Quarante Médaillons.

Il en a laissé comme une légende. Quel guéridon, et quelle somme fantastique un Anglais n'en aurait-il pas donnée! Il aurait pu, ensuite, l'emporter dans ses brouillards, il y aurait retrouvé pour toujours, rien qu'en y appliquant l'oreille, tout un âge du Boulevard, tout un coin parisien!

Et Scholl le sait, et veut rester la providence, le salut, le pélican des échotiers Je l'y avais déjà replacé moi-même Puis-je vous demander, Monsieur, si ce n'est pas être trop hardi Je ne peux plus même reprendre mes vieux mots! La lettre est là, elle est triste…. Il tenait, comme on dit, un état de maison, et sa femme était charmante, bien qu'elle ne fût pas la sienne. Elle avait de l'esprit, des goûts esthétiques, de jolis yeux noirs, et s'était fait, de son petit hôtel, un cadre aussi joli qu'elle.

Elle n'avait pas, toutefois, toujours vécu dans ce cadre-là, et je ne la revoyais jamais dans son atelier-salon, entre sa bibliothèque tournant et son paravent, sans me rappeler de vieux souvenirs où se mêlait une certaine mélancolie. Cette logette avait bien sept pieds carrés, contenait une vieille table d'où s'élevaient des casiers, une chaise, et vous étiez reçu là par un grand et gros homme aimable, un géant bonhomme et poli, installé dans un vieux fauteuil de cuir crevé, où ses moindres mouvements imprimaient à la case un inquiétant ébranlement.

Et Victor, qui était le fils du grand et gros homme, partait en courant, dégringolait l'escalier de meunier qui descendait de la logette, revenait un moment après tout haletant, et son père lui disait de nouveau, sans lui donner le temps de souffler: Et dépêche-toi, nous sommes en retard Mais dépêche-toi donc vite de porter ça!

Il tenait un peu de l'homme chimérique et exubérant qu'était Balzac. Comme lui, il avait, au physique, quelque chose de l'éléphant, et vivait de projets extraordinaires, d'illusions et de chimères ahurissantes. Sa fantaisie s'était d'abord exercée en province, dans des conceptions agricoles où il s'était ruiné, et dont la moins étonnante avait été l'invention d'un consommé au sainfoin pour les bestiaux. Il était ensuite venu à Paris, et s'y était lancé dans des entreprises d'art et de commerce.

Il avait édité des aquafortistes, écrit des pièces, composé des pantomimes, fait du théâtre, du courtage, des romans, de la librairie, et fini par diriger la petite revue où je le rencontrais. Il y avait, d'ailleurs, dans ce que ses innombrables métiers lui laissaient ainsi le temps d'écrire, le don d'une facilité particulière: Il parlait comme eux, sentait comme eux, pensait et contait comme eux.

On voyait un gros homme pressé, barbouillant on ne sait quoi sur du papier de commerce, au milieu de boîtes à fiches et de bordereaux, comme un négociant surmené qui a peur de manquer le courrier, et l'on se demandait ce qu'il écrivait-là? C'était des contes légers, d'un érotisme doux, ou des lettres intimes, d'une fluidité spirituelle, qui ne remplissaient jamais moins de cinq ou six pages, et dont il inondait, du matin au soir, tous les gens qu'il connaissait plus ou moins.

Il était certainement le plus grand épistolier de France. Et tout le monde la recevait, surtout les femmes! Car il était aussi grand coureur de jupes, et toujours papillonnant. Jeunes, vieilles, mûres, laides, belles, jolies, il aimait, désirait, admirait, confondait tout, et le pauvre Victor, avec son bégaiement et son menton de galoche, n'allait certainement pas en course pour porter uniquement les épreuves chez les auteurs.

Je représente, en ce moment, une grande maison de rhums et d'eau-de-vie De la façon la plus simple: La réponse à cette question m'arriva un jour assez singulièrement, à l'instant où j'y pensais le moins J'étais seul, j'allai ouvrir, et un jeune homme à l'air malheureux, un pauvre diable horriblement minable, me disait bonjour en m'appelant par mon nom.

Il sentait la famine et le vagabondage, le pavé et le refuge de nuit, me regardait en tortillant son chapeau, puis se mettait tout à coup à suffoquer, et sanglotait en tirant une lettre de sa poche: Elle avait pris quelque chose de tremblé, mais le style n'avait pas changé, et c'était bien toujours l'insouciant et prolixe H… d'autrefois. II me racontait des infinités de choses, philosophait, galantisait, me parlait de femmes, m'annonçait dans tout cela qu'il était paralysé, et me demandait, en terminant, si je ne pourrais pas trouver une place pour son fils.

J'ai été au Tonkin, et j'ai reçu une balle dans le pied Maintenant, je suis chez un patron où je porte des journaux dans une petite voiture Mais mon pied me fait trop souffrir!

Quand il y a de la neige Si vous pouviez me trouver une place, Monsieur! J'ai ma petite voiture en bas, mais je ne peux plus marcher, je ne peux plus! Le mieux était de lui donner un secours, et j'allai le lui chercher. Il le prit, me remercia, regarda ce que je lui mettais dans la main, et me dit ensuite, en riant tout à coup d'un rire enfantin, et comme tout ragaillardi: Vous rappelez-vous, Monsieur, dans le temps, quand vous veniez à l'imprimerie!

J'en ai fait, de ces courses, j'en ai fait! On peut vraiment dire que j'en ai fait! Et tous ces messieurs, les voyez-vous toujours? Ils ont fait du chemin, depuis ce temps-là! Et puis, elle s'est mise avec M. Mais je ne vais pas la voir Je ne peux pas Bientôt, je ne vais plus le voir non plus! Et avec une jeune fille, Monsieur! Et ces jeunes filles sont si fières!

Ça ne fait rien, ça, Monsieur, ça ne fait rien! On se débarrassait de ses paletots sur le palier, entre les mains d'une bonne à figure opprimée, qui vous remettait, pour le vestiaire, des numéros collectionnés dans les bureaux d'omnibus. Puis, on pénétrait dans un appartement bas, où s'empilait un monde mêlé. Il y avait là, du côté des hommes, des jaquettes et des vestons, des redingotes fatiguées, et quelques habits noirs.

Dans le camp des femmes, les dames et les demoiselles avaient généralement les bras rouges, d'autres l'air de quakeresses, et d'autres des figures à venir de la Boule Noire. Quant à Mme L Puis, quand onze heures sonnaient, le vieux proscrit venait à vous, prenait un petit air papelard, vous enveloppait d'un effluve, et vous disait, très affable: Qui veut du petit vin blanc de Mme L…?

Qui veut du petit vin blanc? Vous êtes en retard, Mesdames, vous êtes on retard Tant pis pour vous, tant pis pour vous! C'est comme dans les révolutions, les places sont aux premiers arrivants Tant pis, tant pis pour vous! Vous ne goûterez pas du petit vin blanc de Mme L Nous sommes les travailleurs, nous!

Allons, l'article de fond La soirée, contrairement à celles du vieux proscrit, était, comme on dit, select , avec un bon buffet, de bonne musique, beaucoup de gaité, de fleurs, de flirts , de gens connus, de jolies femmes, de toilettes et de belles épaules, quand un homme replet et rasé, boutonné jusqu'au menton dans une sorte de lévite à petit collet, avec des lunettes d'or, un nez de bélier, et des cheveux bouclés de curé, l'abbé Loyson lui-même, l'ancien Père Hyacinthe en personne, entra, pendant un quadrille, conduisant à son bras une grande et funèbre femme en noir, qui avait une croix blanche sur la poitrine.

Il y eut, à leur apparition, comme un refroidissement dans la température du salon, en même temps qu'une indéfinissable et contagieuse envie de rire. Ils marchaient lentement, d'un air inquiet, au milieu de figures narquoises qui se retournaient pour plaisanter, l'abbé semblant retenir un petit marmottement de bénédiction, et Mme Loyson poitrinant sous sa croix. Ils faisaient penser, tous les deux, aux cercueils de Lucrèce Borgia , dans le souper de la Negroni Combien sa fête peut-elle bien lui coûter?

Par exemple, toi, tu peux te vanter d'être encore naïf! Mais rien du tout! Il paye en publicité. Mais c'est de la publicité! Mais de la publicité! Mais il a enterré, il y a deux ans, son père en publicité! C'est une petite série d'échos en première page pendant huit jours. Il n'y a pas ici un Tiepolo ou un Bernard Palissy qui ne mériterait pas au moins trois mois de prison! Très bien, très bien! À la bonne heure! Je vois qu'on ne s'ennuie pas!

Et comment ça va, cher ami? Ça va comme vous voulez? Et vous ne manquez de rien? Vous avez bien tout ce qu'il vous faut? Elle se déchaînait, elle roulait en ouragan. On ne voyait plus un vieux marseille sans évaluer immédiatement ce qu'il pouvait valoir de Mazas, et d'autres, pendant ce temps-là, se livraient ailleurs à des paris.

On criait en bas, en se lançant des défis: Clément, on s'en souvient, était alors le commissaire aux délégations judiciaires à la mode, et un autre répondait: Je l'annonce tout de même! Toutes ces facéties un peu fortes, obstinément tirées du Code, ne lui frisaient-elles pas quelquefois pourtant les oreilles? On n'en aurait pas juré, mais il n'y paraissait pas, et le sourire ne se démontait pas une seconde sur sa figure, un sourire de triomphe, un sourire de bonheur, tendu, enflé, perpétuel, où il avait l'air d'être sur le point d'éclater, le sourire de l'homme blagué, mais toujours béat quand même, et d'autant plus fort qu'il n'a pas besoin d'estime!

On rencontrait là des échantillons du monde entier, des gens de Montmartre et de l'Amérique du Sud, des acteurs, des députés, des chevaliers de la Légion d'honneur, des rosettes étrangères, des palmes académiques. Au plafond de la salle à manger, toute une ménagerie de bêtes empaillées, des lézards, des écureuils, des hiboux, des crocodiles, planaient au-dessus des convives. On se rangeait autour de la table, et Préterre , debout, une longue liste à la main, son binocle au bout du nez, au-dessus de sa moustache pendante de vieux Gaulois, vérifiait d'abord à la ronde si tous les invités étaient là: Le nombre s'y trouve bien?

Messieurs, nous pouvons nous asseoir. Mais rappelez-moi donc votre nom Je ne connais que vous Mais comment déjà vous appelez-vous donc? Je vous présenterai l'un à l'autre Je crois, si je ne me trompe, que vous ne vous connaissiez pas. Il était aussi du banquet, et me disait, en me tendant la main derrière le dos de mon voisin: Mais pourquoi étions-nous là?

Personne ne se connaissait, et le docteur lui-même ne connaissait personne. On ne voyait plus là que des dents partout! Dents montées sur des pieds, exposées dans des vitrines, en chantier sur des établis, en réparation dans des étaux, recueillies dans des sébiles! Des molaires, des canines!

Des gencives baignaient dans des cuvettes, des mâchoires traînaient sur le parquet. Pas une pièce anglaise! Il avait, lui aussi, une âme de vieux proscrit, et le dentiste, chez lui, n'était que l'enveloppe du citoyen Mais le dentiste, néanmoins, ne disparaissait jamais complètement, et, au moment de nous congédier, il nous devançait dans l'antichambre, plaçait son bras en travers de la porte, et nous disait en nous barrant le chemin: Soins de la bouche 32 , et lui-même, pendant ce temps-là, tout en nous serrant la main, nous remettait à chacun une brosse à dents.

Le pauvre garçon les avait quittés, pour obtenir, à Argenteuil, un poste de receveur-buraliste. Et il avait pourtant rêvé bien autre chose… Hanté de l'idée d'une petite retraite, du bureau tranquille où il se serait reposé, de la petite place où rien ne vous dérange plus, il s'était presque vu, à une époque, sous une bien autre figure C'était le nouveau directeur, un député des colonies, M.

Il passait, cependant, pour avoir fait lui-même du reportage, et se trouvait ainsi un ancien confrère, mais n'en semblait pas plus confraternel, et Guérin, qui était secrétaire de la rédaction, en avait pris particulièrement ombrage. Guérin était le meilleur enfant du monde, et l'esprit ne lui manquait pas — il en avait même beaucoup — mais il ne comprenait la vie qu'entre le Café Américain et le Gymnase.

Il se croyait à la campagne dès qu'il était place de la Concorde. On devine, dans ces conditions, ce que lui représentaient les colonies! Voué au boulevard depuis vingt ans, roulé par le flot de Paris comme un galet par la mer, il voyait tout à travers la déformation spéciale d'un monocle à fort numéro, qu'embrumait encore la fumée d'une perpétuelle cigarette, et il lui avait suffi d'entrevoir T L'antipathie avait été foudroyante.

Chose bizarre, il avait précisément fait son chemin, à ses débuts, comme garde du corps d'un secrétaire de rédaction. Toutes les nuits, lorsque tous les autres rédacteurs étaient partis, sauf le secrétaire, il restait seul à lui tenir compagnie dans les bureaux, ne s'en allait qu'avec lui, et le reconduisait jusqu'à sa porte. Grâce à ce métier plutôt modeste, consciencieusement exercé pendant deux ans, l'intrigant T… était arrivé à se consolider dans la maison comme reporter parlementaire, s'était fait de la partie une spécialité, et avait même fini, dans le nombre des places à prendre, par découvrir une candidature pour lui.

Pourquoi, après être ainsi parvenu par les secrétaires de rédaction, voulait-il leur faire payer, dans son âge mûr, les souliers qu'il avait usés à les reconduire à leur porte dans sa jeunesse? C'était son secret, mais ce qui était clair, c'est qu'il persécutait le pauvre Guérin avec la cruauté la plus féroce.

C'est là que vous mettez la Bourse? C'est là que vous me reléguez les nouvelles parlementaires? Il lui prenait ses rubriques, les brouillait, les lançait en l'air, les plaçait comme elles retombaient, et lui disait, en le regardant de travers: Au fond, la situation était intolérable, et le pauvre Guérin essuyait avanies sur avanies, supportées d'ailleurs stoïquement. Très bien, monsieur T…! Vous disait-il frémissant, en mêlant fébrilement les dominos, c'est bien un pur négrier!

Je le vois d'ici surveillant des plantations, avec des boucles d'oreilles, un grand chapeau et un pantalon de calicot! Si tous les députés des colonies sont comme lui!

Les informations étaient vieilles! Le journal mal mis en pages! On avait manqué la vente! Il y a entre nous une question de race! C'est l'homme aux pères duquel les miens ont donné des coups de bâton, et pour qui l'heure de la vengeance est venue!

C'est la haine noire, la haine à mort Ça ne pourra pas durer longtemps Deux ou trois jours plus tard, le malheureux Guérin essuyait encore un nouvel affront, mais il y répondait violemment, tenait tête, et T…, furieux, le mettait à la porte.

La scène avait été terrible. Qui payait seulement encore les frais de la guerre? Il avait bien droit à une indemnité, mais comment l'obtenir? Et s'il fallait plaider? Mais où pouvait bien le mener un procès? Recommencer, d'autre part, à courir la copie, les informations, les occasions de reportage? Seulement, quelle petite place voulez-vous? Vous n'avez rien en vue? Paris, je vous l'avoue, commence à me sortir terriblement par les yeux! Je voudrais seulement un petit poste Je suis fatigué de la vie de journal!

Monsieur Guérin, lui disait-il tout de suite, voyons, vous ne m'en voulez plus? Mais qu'est-ce que vous voulez? On ne s'entend pas toujours Chacun comprend le journalisme à sa façon. Mais c'est bien fini? On m'a dit que vous cherchiez une petite place Auriez-vous de la répugnance à vous en aller un peu loin? Iriez-vous dans les colonies? Une bonne place d'administrateur de commune mixte! Vous ne savez pas ce que c'est? Je vois que ça ne vous dit rien, ça, administrateur de commune mixte!

La nouvelle, le soir même, courait les cafés, et le nouvel administrateur commençait à se mettre au courant. De temps à autre, il retournait chez T…, s'informait où en étaient les choses, et T Mais ça va, ça va Vous vous mettez au courant? Il achetait des livres, des traités de colonisation, des manuels de droit, des récits d'explorateurs. Les lenteurs, les formalités administratives Mais j'ai encore vu T Mon cher, quand on pense à la vie que nous menons tous à Paris, à ce qu'on y fait, à ce qu'on y dit, à quoi elle mène, à tout ce qu'il y a à faire dans les colonies, dans ces pays neufs J'ai encore lu hier un volume sur la Tunisie Il en avait toujours fait lui-même, des mots, et souvent de jolis!

Comme d'habitude, il était encore allé le matin voir T…, et T Attendez encore un peu Aussitôt que je serai prévenu On vous avisera par un petit bleu. Si je sais l'arabe? Mais non, je ne sais pas l'arabe!

Vous ne savez pas l'arabe! Vous ne savez pas l'arabe? Mais alors, mon cher Monsieur, si vous ne savez pas l'arabe Il devait finir par l'avoir, mais il n'était pas fait pour l'administration, et l'on ne tardait pas à le révoquer Révoqué, c'était la misère Il ne voyait plus de salut possible Alors, il prenait un jour le chemin de fer, montait dans le compartiment, tirait de sa poche un flacon de chloral, l'avalait, et s'effondrait sur la banquette Vous devez y voir mon vieux camarade N Mais garçon de valeur Et puis homme sûr Moi, mon cher confrère Il a bien un siècle Et qu'est-ce que je dis: Il y a bien dix siècles, vingt siècles, quarante siècles Depuis le Divan Le Peletier… Je ne crois pas, mon cher confrère, l'avoir revu depuis ce temps-là Enfin, quand vous le verrez Il causait avec une volubilité crachotante, et finit par me dire, en me posant la main sur l'épaule: Non, je ne connaissais pas le père Claudin, mais à partir de ce jour-là, je ne rencontrai plus partout que le père Claudin.

Il me rappelait ensuite qu'il attendait ma visite, et enfin, pour terminer: On le trouvait toujours au travail dans un petit bureau sombre, en train d'y revoir des épreuves, et où il répondait, d'un air triste, aux coups de sonnette répétés de son directeur. Il ne signait jamais rien, et personne ne parlait plus de lui depuis dix ans. Il avait écouté, hoché la tête, poussé deux ou trois petits gloussements, et il allait sans doute me répondre, quand un coup de sonnette l'avait fait lever Vous lui avez parlé de moi?

Il était retenu toutes les nuits jusqu'à quatre heures du matin, et ne pouvait guère, dans ces conditions, aller rendre des visites avant midi. Mais le père Claudin, malgré cela, et quoi que j'aie pu lui dire, ne m'en criait pas moins toujours, en me revoyant: Il l'avait saisi, le secouait avec fureur, et, dans un déchaînement d'exaltation: Mais je les trouve Ils s'imaginent avoir de l'audace Et je vais même beaucoup plus loin Parlons donc aussi un peu d'un certain monsieur Bourdaloue Et tous ces beaux messieurs croient être des cochons!

Mais ils ne savent pas Mais les vrais cochons, mon cher confrère Mirabeau est un vrai cochon Diderot est un vrai cochon Et le marquis de Sade Mais les cochons d'ici? Mais non, mon cher confrère Tous ces cochons-là des cochons?

Vieille façade, porte suspecte, vieux tapis déchiré, vieil escalier déjeté. Claudin, Monsieur, c'est tout en haut Une autre fois, mon cher confrère Il y a un salon Mais une autre fois Moi, je ne prolongeai pas la mienne La première fois qu'il me revit, il avait déjà pris quelque chose de compassé.

La quatrième, il me tira faiblement son chapeau de loin Il y avait une petite brume grise, mais il ne faisait pas mauvais. Forain, de son côté, s'intéressait au même monde depuis longtemps, et nous avions projeté des excursions de police, pour mieux nous documenter. Une fois par semaine, nous devions aller à la préfecture, y rejoindre deux agents, les suivre dans leurs tournées, et nous allions, ce matin-là, à notre premier rendez-vous de chasse aux filous.

Nous dit Rossignol, le légendaire inspecteur-principal, vous n'êtes guère en avance! Un peu plus, et vous ne trouviez plus personne Nous parvenions, cependant, à les rattraper dans la cour, et Blusset commençait à nous initier. Ils ont une certaine façon de marcher, de flâner, de guetter, d'être toujours au moins deux, tout en n'ayant pas l'air d'être ensemble, et certaines autres manières qui les trahissent immédiatement.

Un agent sérieux ne s'y trompe guère, et distingue même tout de suite le voleur qui travaille , et bon à suivre , du voleur qui ne travaille pas, et inutile à filer. Ysquierdo, lui, était tout petit, brun, jeunet, timide, imberbe, rougissant comme une fille, avec des yeux aigus, d'un noir phosphorescent.

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Il y a à la Chambre un groupe de la réforme électorale il demande le rétablissement du scrutin de liste la question sera portée à la tribune avant peu. Bientôt, porno belle femme escort girl pau ne vais plus le voir non plus! Ils faisaient des signes, s'exclamaient, lançaient des interpellations, et tout cela s'adressait toujours au fond du fossé, où ils jetaient en même temps des pierres La porte, cependant, devait être ouverte, mais on avait sonné tout de même, et M. Dans les pays de charbon, les jeunes paysans ne songent qu'à descendre dans la. Tout ce que les taudis recelaient de mendiants, beurette pov naiad escort, de béquillards, d'estropiés, de haines, de loques, de souffrances, de révoltes, d'infirmités, de difformités et de fétidités, s'était donné rendez-vous là.

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